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Comment enseigner la Shoah à l’école?

 

Il ne saurait y avoir une seule « bonne » manière d'enseigner un sujet donné, ni de méthode idéale convenant à tous les enseignants comme à tous les élèves. Nous fournissons ici des indications et des conseils qui pourront aider les enseignants à composer leur propre programme de travail, en prenant en compte les besoins pédagogiques très divers de leurs élèves. Nous essayons de tirer parti des meilleures pratiques actuelles d'organismes possédant des compétences particulières dans l'enseignement de la Shoah, d'une part pour répondre à certaines préoccupations des enseignants quant à la manière d'aborder ce sujet délicat, d'autre part pour présenter des pistes de travail pour aller plus loin.







L'enseignement de la Shoah se transforme avec les progrès de la recherche ; il a beaucoup évolué ces trente dernières années. Ce document cherche à refléter un processus continu de développement et d'amélioration pédagogiques et il ne prétend donc pas mettre un point final à cette question.







Sommaire

  • Il est tout à fait possible d'enseigner la Shoah en obtenant de bons résultats : ne craignez donc pas d'aborder le sujet
  • Il est indispensable de définir le terme Shoah
  • Vous créerez une atmosphère constructive et ouverte en adoptant une pédagogie active, centrée sur l'élève
  • Veillez à personnaliser l'histoire en traduisant les chiffres en destinées individuelles
  • L'utilisation de témoignages rendra l'histoire plus «réelle» pour vos élèves
  • Une approche interdisciplinaire aidera vos élèves à mieux comprendre la Shoah
  • Veillez à replacer les événements dans leur contexte historique...
  • ...et dans une perspective tout à la fois large et nuancée
  • Utilisez une terminologie précise, et incitez vos élèves à faire de même
  • Faites bien la distinction entre l'histoire de la Shoah et les leçons à en tirer
  • On ne gagne rien à simplifier les questions historiques complexes
  • Offrez à vos élèves l'accès à des sources historiques primaires
  • La plupart des traces de la Shoah proviennent des bourreaux, ne l'oublions pas
  • Incitez vos élèves à prendre un recul critique devant les diverses interprétations de la Shoah qui leur sont offertes
  • Pensez à l'impact de vos documents visuels ou écrits
  • Si vous comparez les souffrances d'un groupe à celles d'un autre, veillez à ne pas les relativiser
  • Permettez à vos élèves d' étudier les différentes réactions des victimes, notamment les nombreuses formes de résistance au nazisme
  • Veillez à ne pas définir le peuple juif uniquement en référence à la Shoah
  • Montrez que la Shoah n'était pas inévitable
  • Se contenter de traiter les bourreaux de «monstres inhumains» n'apporte pas d'explication suffisante
  • Veillez à distinguer les bourreaux du passé et les sociétés actuelles d'Europe et d'ailleurs
  • Encouragez vos élèves à approfondir les aspects de l'histoire et de la mémoire aux niveaux local, régional, national et mondial
  • Invitez vos élèves à participer et à réfléchir aux cérémonies nationales et locales de commémoration et du souvenir
  • Choisissez soigneusement vos activités pédagogiques en évitant les simulations susceptibles de pousser vos élèves à s'identifier avec les bourreaux ou les victimes
  • Attention à ne pas légitimer à votre insu la négation du passé
  • Réfléchissez aux possibilités mais aussi aux limites de tout document ou source pédagogique - Internet compris
  • Veillez à ne pas amalgamer l'historique et le contemporain et à inclure une dimension historique dans toute comparaison
  • Soyez attentifs aux préoccupations de vos élèves

Il est parfaitement possible d'enseigner la Shoah en obtenant de bons résultats : ne craignez donc pas d'aborder le sujet







De nombreux enseignants craignent d'explorer l'histoire de la Shoah avec leurs élèves parce qu'ils voient des difficultés à enseigner ce sujet. Ils ne savent pas comment leur faire percevoir l'ampleur de la tragédie, l'énormité des chiffres et l'abîme dans lequel l'humanité peut sombrer. Ils se demandent comment toucher leur sensibilité sans pour autant les choquer, et ils s'inquiètent de la façon dont leur jeune public pourrait réagir et comment ils devraient faire face à des ricanements, des remarques antisémites ou racistes ou à d'autres « comportements déplacés ».







Même si l'entreprise peut paraître redoutable, l'expérience montre en tout cas qu'il est parfaitement possible d'aborder la Shoah en classe avec d'excellents résultats.







Il est indispensable de définir le terme Shoah







Une définition claire du terme Shoah est indispensable. De nombreux enseignants emploient ce mot dans un sens très large afin d'englober toutes les victimes de la persécution nazie. Néanmoins, la plupart des historiens spécialistes de cette période adoptent une définition plus précise (à ce sujet, on se reportera aux indications et conseils Qu'enseigner sur la Shoah?).







Les élèves doivent prendre conscience que, pour beaucoup de personnes, le terme Holocauste est problématique. Holocauste désignant à l'origine un sacrifice biblique, utiliser ce terme à propos du génocide des Juifs risque de faire passer celui-ci pour une forme de martyre. Mais il n'y avait rien de sacré dans la Shoah. D'autres termes sont aussi à utiliser avec prudence. Parler de « solution finale » revient à adopter le langage des bourreaux ; le mot génocide pourrait sanctionner la conception nazie d'une race. On préfère donc souvent utiliser le mot hébreux Shoah - signifiant « catastrophe » - dépourvu de connotation religieuse.







Vous créerez une atmosphère constructive et ouverte en adoptant une pédagogie active centrée sur l'élève







La Shoah remet en cause nombre d'idées que se font les jeunes sur la société, le progrès, la civilisation et le comportement humain. Les élèves peuvent avoir des réactions de défense ou de rejet, ou répugner à se livrer à une étude approfondie de l'histoire de la période nazie ou de la Shoah. Il est important de créer une atmosphère de confiance qui permettra d'aborder et de discuter ces questions avec toute la franchise requise.







Il faut créer un espace pédagogique ouvert et donner aux élèves des occasions et des temps de réflexion, les encourager à poser des questions, à présenter leurs idées et leurs craintes, à partager leurs idées, opinions et préoccupations.







Le processus d'apprentissage doit se centrer sur l'élève. L'enseignant a une fonction de catalyseur, il ne donne pas un cours magistral ; les jeunes gens seront invités à participer activement à leur propre formation. L'histoire n'est pas une somme de connaissances destinées à être transmises de l'enseignant à l'élève. C'est un voyage : les jeunes partiront à la découverte en s'engageant sur les pistes qu'ils choisiront, en analysant de nombreuses sources d'information, en examinant d'un œil critique les représentations et interprétations différentes des événements et en apportant finalement leurs propres réponses à des questions historiques et morales très délicates.







Veillez à personnaliser l'histoire en traduisant les chiffres en destinées individuelles







Les études statistiques sont importantes et il appartient aux enseignants de trouver la méthode la mieux adaptée pour que les élèves prennent conscience de l'ampleur de la Shoah et de ses chiffres. Mais cette tragédie demeurera abstraite aux yeux de beaucoup de jeunes si elle leur est présentée en termes purement statistiques.







Les élèves devraient pouvoir considérer ceux qui ont été persécutés par les nazis comme des individus, et non pas comme une masse de victimes sans visages. Appuyez-vous sur des études de cas, des témoignages de survivants, des lettres et journaux intimes de l'époque pour donner corps à l'expérience humaine. Afin que les élèves comprennent que sous chaque « chiffre » se cache un personne bien réelle, un individu qui a eu une vie avant la Shoah, qui a eu des amis, une famille. Revenez constamment sur la nécessité de respecter la dignité des victimes.







On risque fort de déshumaniser ces personnes du passé, de les réduire à une dimension caricaturale si on omet de remettre en question des clichés sur la Shoah tels que : tous les nazis étaient des fous ou des sadiques ; tous ceux qui ont sauvé des Juifs étaient des héros, braves et bons ; et tous les autres, des témoins indifférents ou apathiques.







En ramenant l'attention sur l'histoire telle qu'elle a été vécue par des individus, avec leurs dilemmes et les choix qu'ils ont faits, l'enseignant peut rendre l'histoire de la Shoah plus présente, plus intéressante aux yeux des jeunes, et leur en faire mieux percevoir les liens avec leur vie actuelle.







L'utilisation de témoignages rendra l'histoire plus «réelle» pour vos élèves







Dans de nombreux pays, des survivants de la Shoah vivent dans leur communauté. Si vous pouvez en contacter certains et les inviter dans votre classe, vous offrirez à vos élèves une expérience unique et forte. Se trouver en présence d'une personne qui a vécu l'inimaginable peut engendrer à l'intérieur de la classe un sentiment d'empathie authentique. Certaines organisations peuvent vous aider à faire venir un survivant dans votre classe.







Toutefois, les survivants seront toujours moins nombreux et, le plus souvent, il n'est pas possible de fournir à vos élèves ce contact personnel direct. Dans ce cas, pourquoi ne pas recourir à des témoignages enregistrés pour présenter des récits personnels de la Shoah ? D'autres catégories de personnes directement impliquées dans la Shoah ou qui en ont été les spectateurs directs ont également des expériences puissamment évocatrices à rapporter. Si vous pouvez inviter dans votre classe des personnes qui ont sauvé des Juifs, participé à des opérations de libération ou d'autres, il est certain que leur témoignage aidera grandement vos élèves à comprendre la Shoah.







Si vous envisagez d'inviter une personne à relater son expérience personnelle dans votre classe, il est important de s'entretenir avec elle auparavant afin de vous assurer qu'elle sait s'exprimer devant un groupe et qu'elle comprend vos objectifs pédagogiques.







Préparez la séance avec votre classe pour être certain que vos élèves seront respectueux et qu'ils sauront apprécier la valeur de cette rencontre. Ils devraient aussi comprendre que le rappel d'une expérience aussi intense demeure douloureux pour l'orateur, même si beaucoup de temps s'est écoulé depuis qu'il l'a vécue.







Vos élèves auront besoin de solides connaissances sur l'histoire de ces événements. Le rôle du témoin n'est pas d'enseigner l'histoire événementielle ni de présenter une période ; il ne s'agit en général pas d'une personne formée à l'histoire ou à l'enseignement, et il se peut aussi fort bien que son expérience ne soit pas représentative de celle de la majorité des gens pendant la Shoah. En revanche, vos élèves auront le privilège rare de rencontrer quelqu'un qui a participé à ces événements ou qui en a été le témoin direct, et de recueillir ce témoignage, unique et personnel.







Encouragez vos élèves à interroger le survivant sur ce qui lui est arrivé pendant la Shoah, mais aussi sur sa vie avant et après, afin qu'ils parviennent à la percevoir dans son entier et à comprendre comment cet être humain s'est efforcé ensuite de vivre tout en portant le fardeau de cette expérience.







Malgré l'impossibilité de généraliser le vécu d'une personne, la rencontre avec un survivant, un sauveteur ou un libérateur peut rendre ces événements historiques plus réels pour vos élèves et leur faire mieux prendre conscience que cette tragédie a frappé des gens ordinaires.







Une approche interdisciplinaire aidera vos élèves à mieux comprendre la Shoah







Ce qui s'est passé pendant la Shoah touche de nombreux aspects du comportement humain et peut donc être examiné à la lumière de plusieurs disciplines. Même s'il est indispensable de l'appuyer sur une solide base historique, les historiens n'ont aucun monopole sur les études de la Shoah. Il faut faire preuve d'imagination pédagogique et jeter des ponts entre matières, travailler à l'aide d'outils divers, examiner la Shoah dans de multiples perspectives et exploiter les idées et connaissances acquises dans d'autres cours.







Les récits de la Shoah illustrent les extrêmes du comportement humain - de la haine et la cruauté jusqu'au courage et à l'humanité. Apprendre à connaître la Shoah au travers de l'histoire engendre de fortes émotions, que la poésie, la peinture et la musique aideront peut-être vos élèves à exprimer et à revivre sur le mode créatif. La Shoah soulève aussi d'importantes questions morales, théologiques et éthiques que vos élèves pourront examiner dans le cadre de l'éducation religieuse, d'instruction civique ou de l'éducation à la citoyenneté.







En coordonnant une approche interdisciplinaire et en faisant appel aux compétences de vos collègues d'autres disciplines, vous vous faciliterez la tâche et offrirez à vos élèves une compréhension plus riche de la Shoah.







Veillez à replacer les événements dans leur contexte historique...







Il faut étudier la Shoah dans son contexte européen et mondial global, afin de montrer aux élèves ce qui l'a précédé et les circonstances qui l'ont rendue possible.







...et dans une perspective tout à la fois large et nuancée







La Shoah n'est pas un fait historique monolithique. Elle a présenté de nombreuses facettes suivant les pays et les moments. A ce sujet, vous pouvez vous reporter aux indications et conseils (see Task Force guidelines on Qu'enseigner sur la Shoah ?







Utilisez une terminologie précise, et incitez vos élèves à faire de même







De nombreux mythes circulent sur la Shoah, et vos élèves l'abordent peut-être avec un certain nombre d'idées préconçues qu'un vocabulaire ambigu peut contribuer à perpétuer.







Evitez le langage des bourreaux car il reflète leurs idées. Des termes comme solution finale peuvent parfaitement être cités et analysés ; ils ne doivent pas être pour autant utilisés pour décrire l'événement historique.







Les définitions sont importantes, de même que leur clarté et leur précision. Prenons l'exemple du mot camp. Même si des personnes sont mortes dans de nombreux camps créés par les nazis et leurs collaborateurs, tous les camps n'ont pas été conçus comme des centres de mise à mort : il y avait aussi des camps de concentration, des camps de travail, des camps de transit, pour ne citer qu'eux. Tel ou tel camp a rempli telle ou telle fonction à telle ou telle période. Il est primordial que les enseignants restent très précis dans leur description de ce qui se passait dans ces camps, et qu'ils évitent toute généralisation sur « les camps ».







Faites bien la distinction entre l'histoire de la Shoah et les leçons à en tirer







Cette distinction est importante. Car on court le risque de fausser la démarche historique en la simplifiant à l'extrême ou en l'infléchissant vers telle ou telle conclusion morale que l'enseignant souhaiterait transmettre à ses élèves.







Certes, il est tout à fait possible de sensibiliser à cette occasion les jeunes à des préjugés ou à des injustices d'aujourd'hui ; de leur faire prendre conscience par cet exemple de l'existence de stéréotypes, de mythes et d'idées fausses, et de s'appuyer sur l'histoire pour les aider à les remettre en question. Mais les leçons morales ne seront fondées que si elles s'appuient sur une lecture précise et objective des données historiques.







Le type d'enquête historique que nous pouvons attendre de nos élèves leur révélera la complexité du monde dans lequel ces choix ont été faits, ces décisions prises. Ils seront face aux profonds dilemmes auxquels se sont trouvés confrontés ces gens dans le passé. Ce n'est qu'alors, à la lumière de ce contexte, qu'ils pourront comprendre leurs actions (ou leur inaction) ; ce n'est qu'alors que nous pourrons commencer à en tirer des leçons applicables au monde actuel.







On ne gagne rien à simplifier des questions historiques complexes







Le désir de « tirer les leçons » du passé peut amener à une conception réductrice de la Shoah, qui négligerait le contexte historique dans lequel les décisions avaient été prises. Une telle approche peut conduire des élèves à ramener des faits historiques éminemment complexes à une leçon manichéenne sur le bien et le mal (« La Shoah est arrivée parce que des gens ont failli à leurs devoirs moraux ») et se traduire par une lecture superficielle de l'histoire.







Il faut que les élèves se livrent à un travail d'analyse historique. Il pourra les amener à se demander pourquoi le sort des Juifs a été si différent d'un pays à l'autre, de même que le régime d'occupation allemande. Ce qui les conduira immanquablement à se poser des questions morales. Mais il convient de les inviter à considérer le passé avec humilité. Il est bien sûr facile de condamner ceux qui ont refusé de cacher ou d'aider leurs voisins juifs ; pourtant, ce n'est pas en portant des jugements moraux à l'emporte-pièce sur les témoins que l'on suscitera une meilleure compréhension de l'histoire, ni que l'on accompagnera les élèves dans l'apprentissage de la citoyenneté.







La Shoah était une période historique complexe : les élèves doivent pouvoir l'étudier et l'examiner en profondeur, sans oublier les dilemmes auxquels étaient confrontés les sauveteurs, qui avaient à décider jour après jour s'ils devaient continuer de risquer leur vie et celle de leurs proches pour aider ceux qui se cachaient. Et pourquoi les Alliés n'ont-ils pas fait davantage pour sauver les Juifs ? Pourquoi certains « Judenräte » ont-ils préparé des listes de leurs camarades juifs à envoyer dans les camps de la mort ? Pourquoi la plupart des gens, dans les pays occupés, ne faisaient-ils rien pour aider leurs voisins juifs ? Et pourquoi des hommes et des femmes tout à fait ordinaires ont-ils participé de leur plein gré à l'extermination ?







Il n'y a pas toujours de réponse simple à ces questions complexes, qui bien souvent ouvrent sur d'autres questions encore. Mais ce qui compte, dans ce cas, c'est que les élèves se rendent compte que certaines questions n'ont tout simplement pas de réponse.







Offrez à vos élèves l'accès à des sources historiques primaires







C'est à travers les lettres, les journaux intimes, la presse, les discours, les œuvres d'art, les règlements, les documents officiels de l'époque que se dévoilent aujourd'hui les images des bourreaux, des victimes, des sauveteurs et des témoins. Les sources primaires sont indispensables si l'on veut vraiment explorer les motivations, la réflexion, les sentiments et les actions des hommes et femmes du passé, si l'on veut s'efforcer de comprendre les choix qu'ils ont faits alors, et pourquoi, en fin de compte, les choses se sont passées ainsi.







Offrons donc aux élèves la possibilité de procéder à l'analyse critique de sources originales et de se rendre compte que l'analyse, l'interprétation et le jugement doivent se fonder sur une lecture soigneuse des traces historiques.







La plupart des traces de la Shoah proviennent des bourreaux, ne l'oublions pas







La plupart des traces de la Shoah (documents écrits, photographiques ou filmés) ont été produites par les nazis, ce qui fait courir le risque de voir le passé uniquement par les yeux des bourreaux. Si ce matériau n'est pas utilisé avec prudence, nous risquons de voir les victimes comme les nazis les voyaient : réduites à des objets, avilies et déshumanisées.







Il importe aussi de replacer ces traces dans leur contexte, en tenant compte du stade de développement cognitif et affectif des élèves ; on veillera à faire un usage adapté de ces images, à ce que les élèves aient été correctement préparés à l'impact émotionnel que celles-ci peuvent engendrer, à leur laisser ensuite un temps de réflexion et de discussion pour revenir sur leurs propres réactions.







Pour faire pendant à ces documents et images, on présentera des journaux intimes, des lettres, des photographies et d'autres traces laissées par les victimes, de façon à ce que leurs voix soient entendues.







Incitez vos élèves à prendre un recul critique devant les diverses interprétations de la Shoah qui leur sont offertes







L'apprentissage en classe est influencé par son contexte culturel au sens large. La Shoah est entrée dans l'imaginaire populaire sous des formes multiples et variées. L'histoire académique comme l'histoire popularisée, les films, les médias, les documentaires, la peinture, le théâtre, les romans, les monuments commémoratifs et les musées, tout cela façonne la mémoire collective. Chaque interprétation reflète les conditions dans lesquelles elle a été produite et révèle parfois autant sur son lieu et son époque que sur les événements dont elle veut rendre compte.







Il est donc essentiel que les élèves étudient comment et pourquoi ces représentations du passé ont été produites, le choix des traces sur lesquelles elles reposent et les intentions de ceux qui les ont produites. Ils doivent se rendre compte que si l'histoire peut donner lieu à des débats légitimes, cela ne veut pas dire que toutes les interprétations se valent (se reporter à ce sujet à la section « Attention à ne pas légitimer à votre insu la négation du passé »).







Pensez à l'impact de vos documents visuels ou écrits 







L'usage explicite d'images de la Shoah dans l'intention de choquer ou de susciter des sentiments d'horreur est dégradant pour les victimes, et c'est aussi faire peu cas des sentiments des élèves. Témoigner du respect à l'égard des victimes de la Shoah et de ceux qui vous écoutent en classe requiert une approche pleine de tact et une réflexion approfondie sur ce qui doit constituer le matériau approprié. Un enseignant qui aura noué des liens solides avec ses élèves au fil du temps pourrait bien trahir leur confiance en les exposant à des images d'une horreur choquante. Ce sont aussi ce type de documents et la gêne qu'ils provoquent qui risquent de déclencher des fous rires et des remarques déplacées en classe.







Il est tout à fait possible d'enseigner la Shoah sans montrer des photos d'amas de corps nus. Car utilisées mal à propos, ces images auraient vraisemblablement des effets contre-productifs. Le choc et la répulsion possèdent une valeur pédagogique douteuse ; en revanche, ils peuvent avoir un effet déshumanisant et renforcer une perception des Juifs comme victimes.







Si l'enseignant décide de recourir à des photos d'atrocités, il ne devrait le faire que si l'apport pédagogique pour les élèves est évident.







Si vous comparez les souffrances d'un groupe à celles d'un autre, veillez à ne pas les relativiser







Faire véritablement comprendre les leçons universelles de cette période - sensibiliser aujourd'hui, par l'étude de la Shoah, la jeunesse aux ravages de la persécution, de la discrimination et de la haine dans le monde - demande d'introduire dans votre programme de travail l'expérience de toutesles victimes des persécutions nazies ainsi que le contexte idéologique dans lequel ces persécutions ont été infligées.







Dans sa spécificité, l'expérience des Juifs nous donne à voir la discrimination, l'exploitation économique, les persécutions et les massacres qui ont résulté de l'antisémitisme nazi. Mais pour trouver des exemples d'autres formes de haine et d'intolérance, tout aussi pertinents pour la société moderne, il nous faut regarder ailleurs : vers les persécutions et assassinats perpétrés par les nazis sur les Roms et Sinti, les homosexuels, les communistes, les opposants politiques et des personnes qui ne se conformaient pas aux normes sociales.







Il convient donc d'aborder les souffrances de toutes les victimes des persécutions nazies, mais sans pour autant relativiser celles des Juifs. Il ne saurait y avoir de hiérarchie dans la souffrance - ni à l'intérieur de la période nazie ni entre la Shoah et d'autres génocides.







On se gardera de reléguer les persécutions infligées à d'autres victimes des nazis à une simple leçon supplémentaire, traitant ces divers groupes comme s'ils n'en constituaient qu'un. En fait, l'histoire de ces groupes devrait être intégrée dans le récit de la persécution des Juifs; par exemple, on pourra faire ressortir les similarités et les différences entre le génocide des Juifs et celui des Roms et des Sinti, ou encore les liens entre les exécutants et les méthodes du programme nazi d'«euthanasie» et les camps de la mort d'Europe de l'Est.







Une telle approche reconnaîtra la persécution des autres victimes, mais elle contribuera en même temps à mieux faire comprendre les spécificités de l'expérience des Juifs et à replacer la Shoah dans son contexte historique élargi. S'il est impossible de rendre compte du massacre des Juifs sans référence au contexte de la Seconde Guerre mondiale, il est tout aussi faux d'envisager cette tranche de l'histoire sans la lier aux persécutions dont ont été victimes d'autres groupes.







Permettez à vos élèves d' étudier les différentes réactions des victimes, notamment les nombreuses formes de résistance au nazisme







Il y a eu de nombreuses formes de résistance aux persécutions nazies, depuis la lutte armée jusqu'aux moyens qu'avaient trouvés certains de préserver leur dignité humaine dans les situations extrêmes des ghettos et des camps. Les victimes des nazis n'ont pas toujours accepté passivement la persécution. Il est important de voir comment elles ont réagi, d'examiner la marge de manœuvre dont elles disposaient, et les très nombreuses formes qu'a prises la résistance juive à la Shoah.







Veillez à ne pas définir le peuple juif uniquement en référence à la Shoah 







Il convient de replacer la Shoah dans son contexte historique, en montrant comment la vie du peuple juif s'est déroulée avant et après elle, de façon à souligner sa longue histoire et son riche héritage culturel. On pourra ainsi s'assurer que les élèves ne perçoivent pas les Juifs uniquement comme les victimes avilies et déshumanisées des persécutions nazies. Les jeunes générations devraient prendre conscience de l'énorme perte qu'a entraîné pour la culture du monde contemporain la destruction de ces riches et dynamiques communautés juives d'Europe.







Montrez que la Shoah n'était pas inévitable







Le simple fait qu'un événement historique a eu lieu et qu'il figure dans les manuels scolaires et les films ne signifie pas que cet événement devait forcément se produire. La Shoah a eu lieu parce que des individus, des groupes et des nations ont pris des décisions - d'agir ou de ne pas agir. Mettre l'accent sur ces décisions offrira une meilleure vision de l'histoire et de la nature humaine et aidera vos étudiants à développer leur esprit critique.







Se contenter de traiter les bourreaux de « monstres inhumains » n'apporte pas d'explication suffisante







La Shoah a été un événement humain avec des causes humaines. Il est donc indispensable de « ré-humaniser » tous ceux qui lui ont été associés, de considérer les victimes, sauveteurs, collaborateurs, témoins et bourreaux comme des être humains ordinaires placés dans des situations extraordinaires. Il ne s'agit pas faire apparaître comme normal le comportement des bourreaux mais bien de reconnaître que la plupart d'entre eux n'étaient pas des psychopathes sadiques et que le « mal » ne constitue pas une explication suffisante de la Shoah.







La question la plus ardue est de savoir comment il a pu être humainement possible que des hommes et femmes ordinaires, des pères affectueux, des maris aimants ont pu participer de leur plein gré à l'assassinat d'hommes, de femmes et d'enfants innocents.







Il est indispensable d'étudier soigneusement les motivations des bourreaux. Les élèves devraient pouvoir recourir aux sources primaires, aux études de cas, aux biographies individuelles pour évaluer l'importance prise, à l'origine de leur action, par l'idéologie, l'antisémitisme, l'ambition, les pressions exercées par l'entourage, l'opportunisme économique, la psychopathologie criminelle et d'autres facteurs.







Veillez à distinguer les bourreaux du passé et les sociétés actuelles d'Europe et d'ailleurs







Il ne faut pas que les élèves en arrivent à l'idée que tous les Allemands étaient nazis, ou que c'est un peuple prédisposé au génocide. On leur fera étudier les diverses réactions du peuple allemand aux politiques nazies, depuis le soutien enthousiaste jusqu'à la résistance active, en passant par la coopération, le mécontentement et l'apathie.







Soulignez bien que l'Allemagne d'aujourd'hui n'est pas celle d'hier. Les événements liés à la Shoah doivent être replacés dans leur contexte historique propre, de façon à établir une claire distinction entre le peuple, la société, la culture et la vie politique de l'Allemagne moderne et ceux de son passé nazi.







Les élèves devraient également prendre conscience que l'antisémitisme possède une dimension mondiale et une tradition séculaire et que bon nombre de bourreaux et de collaborateurs volontaires n'étaient pas allemands, et cela dans toute l'Europe. On trouvait d'autres nationalités dans les unités SS et parmi les gardes des camps de concentration ; des polices locales ont participé à des rafles et à la déportation de Juifs dans les camps de la mort ; les populations locales ont parfois lancé des pogroms contre leurs voisins juifs, ou ont trahi les Juifs qui se cachaient. Des gouvernements alliés de l'Allemagne nazie ont, de leur propre chef, participé aux massacres.







Encouragez vos élèves à approfondir les aspects de l'histoire et de la mémoire aux niveaux local, régional, national et mondial







Si vous vivez dans un pays qui a été l'un des théâtres de la Shoah, mettez l'accent sur les événements qui y sont intervenus, et cela dans le contexte de l'histoire nationale de cette période et sans négliger pour autant la dimension européenne de la Shoah. Cette démarche englobera l'expérience et l'action des victimes, des sauveteurs, des bourreaux, des collaborateurs, des résistants et des témoins et elle examinera dans quelle mesure chacun de ces rôles a ensuite été intégré dans la mémoire locale, régionale et nationale, ainsi que dans les récits historiques.







Si vous vivez dans un pays qui était l'une des puissances alliées ou neutres pendant la Seconde Guerre mondiale, invitez vos élèves à revenir sur la façon dont il y est rendu compte de cette période. Pourquoi les pays n'ont-ils pas accueilli un plus grand nombre de réfugiés pendant les années 30 et 40 ? Pourquoi les Alliés n'ont-ils pas fait du sauvetage des Juifs un de leurs objectifs militaires ? Aurait-il été possible de faire davantage pour sauver les Juifs d'Europe ?







Invitez vos élèves à participer et à réfléchir aux cérémonies nationales et locales de commémoration et du souvenir







Les Journées de la mémoire de la Shoah sont des occasions pour des projets associant plusieurs générations ; elles amènent les familles à aborder ensemble des questions contemporaines qui lui sont liées et favorisent d'autres formes d'« apprentissage communautaire ».







De telles occasions font sortir la Shoah de la salle de classe, mais peuvent aussi devenir elles-mêmes des objets d'exploration et d'apprentissage au sein de la communauté. Vous inviterez par exemple vos élèves à examiner comment les influences culturelles façonnent la mémoire collective et les monuments commémoratifs ; à s'interroger sur la façon dont leur communauté réfléchit sur son passé ; à voir comment différents groupes ont retenu tel ou tel aspect de l'histoire pour en rendre compte à leur façon ; à se demander si la nation aborde vraiment les aspects délicats de son histoire, et comment les commémorations diffèrent de celles d'autres pays.







Choisissez soigneusement vos activités pédagogiques en évitant les simulations susceptibles de pousser vos élèves à s'identifier avec les bourreaux ou les victimes







S'il peut être tout à fait judicieux de recourir à des activités de caractère empathique pour stimuler l'intérêt des jeunes pour l'histoire en faisant ressortir certaines expériences et réactions humaines aux événements du passé, il convient d'apporter un soin tout particulier au choix de telles activités quand on travaille sur un sujet aussi sensible que la Shoah.







Il peut être fructueux, par exemple, que les élèves prennent le rôle de quelqu'un qui s'est trouvé confronté à ces événements depuis un pays neutre : un journaliste préparant un article sur la persécution des Juifs, un citoyen inquiet écrivant à son député, un militant s'efforçant de mobiliser l'opinion publique. De telles activités peuvent stimuler l'apprentissage et mettre en lumière les démarches que les élèves pourraient adopter vis-à-vis d'événements qui les préoccupent dans le monde d'aujourd'hui.







Toutefois, l'enseignant ne perdra pas de vue que l'identification peut parfois aller trop loin chez les jeunes : ce qui s'est passé au cours de la Shoah peut susciter chez eux un sentiment d'admiration malsaine à l'égard de la puissance, voire du « prestige » des nazis, ou de la fascination morbide devant la souffrance des victimes. Là réside le danger des exercices de rédaction créative ou des jeux de rôle qui invitent les élèves à s'imaginer directement impliqués dans la Shoah. Leur créativité peut en revanche être utilement mise à profit dans une approche pluridisciplinaire, à la condition que les objectifs pédagogiques aient été clairement définis. Les activités de caractère empathique sont souvent de mauvais goût et déficientes au niveau pédagogique dans la mesure où nous ne pouvons pas être réellement capables d'imaginer - sauf d'une façon tout à fait superficielle - ce que nous ressentirions si nous nous trouvions dans des situations aussi éloignées de notre propre vécu.







Ces artifices sont d'ailleurs sans commune mesure avec l'authentique sentiment de compassion que peuvent susciter chez de nombreux élèves un récit personnel, une étude de cas et les témoignages de survivants.







Attention à ne pas légitimer à votre insu la négation du passé







La négation de la Shoah repose sur des motifs idéologiques. La stratégie des négationnistes consiste à semer le doute en détournant et en déformant délibérément les traces historiques. L'enseignant devrait veiller à ne pas conférer sans le vouloir une légitimité aux négationnistes en s'engageant dans un faux débat.







Pour ne pas non plus fournir de tribune au négationnisme, il évitera d'en parler comme d'un raisonnement historique légitime, et il se gardera bien de réfuter le point de vue des négationnistes en recourant à un débat historique normal et à une argumentation rationnelle.







De nombreux enseignants estiment toutefois qu'ils doivent aborder la négation de la Shoah avec leurs élèves, soit parce que ces derniers posent eux-mêmes la question, soit par crainte qu'ils ne tombent ultérieurement sur cette théorie sans avoir été préparés à son arsenal rhétorique et à sa capacité à semer la confusion et à induire en erreur.







Dans ce cas, le mieux est de traiter le négationnisme séparément de l'histoire de la Shoah. Ce travail peut s'intégrer par exemple dans un module traitant de la manière dont les formes d'antisémitisme ont évolué ou encore dans un projet sur les médias consacré aux façons qu'ont certains groupes de manipuler, de fausser et de détourner l'information à des fins politiques, sociales ou économiques.







Réfléchissez aux possibilités, mais aussi aux limites de tout document ou source pédagogique - Internet compris







Vérifiez soigneusement la précision historique de tout votre matériel pédagogique. L'antisémitisme et l'hostilité envers les homosexuels et les gens du voyages sont répandus dans de nombreuses sociétés, et peuvent l'être jusque dans votre salle de classe. Soyez conscients que vos élèves pourraient avoir de tels préjugés ; au moment de choisir votre matériel pédagogique, assurez-vous qu'en présentant de la propagande nazie ou des photos d'atrocités, vous n'allez pas à votre insu renforcer une vision négative des victimes. Veillez à ce que votre matériel pédagogique comporte des récits personnels et des études de cas capables de miner et de détourner les stéréotypes dévalorisants de groupes de victimes.







Outre la documentation imprimée, l'Internet peut constituer un précieux outil pédagogique et de recherche. Toutefois, l'enseignant devra se montrer prudent dans son utilisation, car un grand nombre de sites apparemment respectables sont en fait alimentés et entretenus par des négationnistes et des antisémites. Il s'agira aussi pour lui de mettre les jeunes en garde à ce sujet, en les sensibilisant au fait que certains moteurs de recherche donnent des résultats parfois peu fiables et en les aidant à identifier les sites légitimes et qui font autorité.







L'enseignant soulignera à quel point il est indispensable de soumettre toutes les sources d'information à un examen critique, et de s'interroger sur le contexte dans lequel l'information a été produite. Vous pourrez amener vos élèves à se demander qui a préparé cette information, quel objectif poursuit le site, s'il répond à une intention précise et, dans l'affirmative, si cette dernière a une répercussion sur la sélection et la présentation de l'information.







Conseillez des sites faisant autorité et que vous aurez vous-même passés au crible. Vous pourrez partir pour cela des sites des organisations figurant dans l'Annuaire international qui contiennent également des liens vers d'autres sites fiables.







Veillez à ne pas amalgamer l'historique et le contemporain et à inclure une dimension historique dans toute comparaison







Pour de nombreux enseignants, une motivation essentielle pour enseigner la Shoah est que cela peut sensibiliser les jeunes à des exemples d'injustice, de persécutions, de racisme, d'antisémitisme et à d'autres formes de haine que connaît le monde d'aujourd'hui. La Shoah est souvent présentée comme une pierre de touche morale, un archétype du mal. Même si la Shoah peut servir à transmettre des leçons à valeur universelle, les élèves devraient aussi comprendre les différences entre les divers événements en en discernant l'aspect spécifique et l'aspect universel.







On observe actuellement une tendance à appliquer le terme Holocauste à toutes sortes d'événements horribles, d'atrocités et de tragédies humaines. Cela provient en partie des limites que rencontre le langage pour décrire de manière adéquate de tels événements, et en partie aussi d'une connaissance ou d'une compréhension insuffisantes de l'histoire de la Shoah. Malheureusement, un usage excessif a parfois banalisé, voire dénaturé le terme Holocauste, et son emploi abusif risque de minimiser les crimes des nazis par des comparaisons erronées.







L'enseignement de la Shoah peut parfaitement conduire les jeunes à établir des parallèles utiles avec le monde d'aujourd'hui : les violations des droits de l'homme commises sous le nazisme (en particulier celles survenues avant-guerre) sont tout à fait comparables à certains exemples modernes de préjugés, de discriminations et de persécutions.







Mais fondamentalement, le génocide ne se ramène pas à la perte des droits civils. Il y a certes eu d'autres génocides, et on est parfaitement en droit, par exemple, de s'interroger sur les points communs et les différences entre la Shoah et le génocide au Rwanda. Mais les élèves doivent être parfaitement conscients que tous les événements tragiques ne constituent pas nécessairement un génocide et se méfier des comparaisons erronées.







Évitons donc les comparaisons superficielles et l'impression que nous pouvons déterminer notre action simplement en nous référant aux événements du passé. Nous vivons une période complexe, et nous rendrions un bien mauvais service à nos élèves en leur faisant croire que les leçons de l'histoire sont si limpides qu'elles nous offrent des solutions faciles pour le présent.







Soyez attentifs aux préoccupations de vos élèves







Si vos élèves estiment que les souffrances de leur peuple ou de leur groupe ont été oubliées, ils peuvent exprimer de la réticence à étudier les persécutions et les massacres subis par d'autres. Il est donc important de se pencher sur d'autres cas de racisme, d'esclavage, de persécutions ou de colonialisme qui concernent particulièrement vos élèves.







Certains enseignants craignent que l'étude de la Shoah n'attise les passions chez les jeunes qui mettent à tort sur un pied d'égalité les souffrances du peuple juif sous les persécutions nazies et les effets de l'action d'Israël dans les territoires palestiniens. Cela ne constitue toutefois pas une raison suffisante de ne pas aborder la Shoah.







S'il est à espérer que l'enseignement de la Shoah sensibilise les élèves aux cas contemporains d'injustice, de persécutions, de préjugés et de violations des droits de l'homme, l'enseignant devrait se garder de politiser l'histoire et il ne saurait détourner la Shoah à des fins militantes.







L'enseignant doit être à l'écoute des sentiments et des opinions de ses élèves sur les problèmes qui les touchent vraiment. Et être prêt à examiner les causes des conflits dans le monde moderne, à donner aux jeunes l'occasion d'en discuter franchement. Mais il convient de veiller à distinguer soigneusement ces différents conflits, chacun avec ses causes et sa nature spécifiques.







Nous souhaitons tout naturellement que nos jeunes deviennent des membres actifs et engagés de nos sociétés. Utiliser la Shoah pour les pousser dans cette voie peut cependant avoir un effet inverse et engendrer un sentiment d'impuissance si les élèves ne se voient pas offrir des occasions de réfléchir à la manière dont ils peuvent discuter des questions qui les intéressent. Prévoyez donc du temps dans votre programme pour explorer avec eux des façons légitimes et non violentes d'y parvenir.